Cast

  • Avec LAURA CURINO ou ANNAPAOLA BARDELONI
  • Texte et mise en scène de Laura Sicignano
  • Traduction française de Juliette Gheerbrant
  • Documentation historique de Silvia Suriano
  • Scénographie de Laura Benzi
  • Costumes de Maria Grazia Bisio
  • Musique originale d'Edmondo Romano
  • Une production Teatro Cargo / Création au Festival de Borgio Verezzi, 2012
  • NEW YORK, 1911: ÉTINCELLES
  • NEW YORK, 1911: INCENDIE DANS UNE USINE TEXTILE


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  • Étincelles

    New York, samedi 25 mars 1911, 16h40: dans un quart d'heure, l'usine Triangle Shirtwaist Company, où l'on fabrique des chemisiers, fermera ses portes. Près de 600 personnes sont au travail, essentiellement de très jeunes filles. La plupart savent à peine l'anglais: elles sont immigrées d'Italie ou d'Europe de l'est, et représentent le principal soutien économique de leur famille. Laura Curino, l'une des plus grandes comédiennes du théâtre de narration, évoque (en français) le déroulement de cette journée particulière, du point de vue d'une mère et ses deux filles qui ont quitté l'Italie à la recherche d'un destin meilleur. Maintes fois récompensée pour son talent, Laura Curino a conquis le public grâce à son extraordinaire capacité à faire vivre, seule sur scène, un ensemble de personnages en se transformant et en se démultipliant avec une virtuosité pleine de poésie. Dans Scintille, l'histoire des petites gens se mêle à la grande Histoire. Les espérances de trois femmes simples, d'une grande humanité, se brisent contre plus fort qu'elles. Le public s'attache immédiatement à ces personnages qui nous transportent au cœur du mythe américain, rêve - et déchirement - de tant d'émigrés européens. La poésie de leur vie quotidienne, leur stupeur face la métropole qui fascine et intimide, nous émeuvent. Jusqu'au moment où le récit change brutalement de registre pour entraîner les personnages dans une aventure tragique et bouleversante. Une étincelle. Jaillie peut-être de l'une des rares lampes à gaz qui éclairent les rangs de couseuses, courbées sur leurs machines. En un instant, au huitième étage du gratte-ciel qui abrite l'usine, tout s'enflamme dans les vastes pièces: les chemisiers suspendus au dessus des têtes des ouvrières, les chutes de tissus amassées en énormes tas, les bobines de fil. Il n'existe pas de protection anti-incendie adéquate. Le feu empêche de fuir. Il n'y a qu'un seul escalier de secours, extérieur, qui s'écroule aussitôt sous le poids des ouvrières. Les portes sont barrées: les propriétaires de l'usine les ont bouclées pour que les travailleuses ne sortent pas avant l'heure règlementaire. La tragédie se déroule en 18 minutes: 146 morts, presque toutes de très jeunes filles. Les ouvrières, aux huitième, neuvième et dixième étages, sont prisonnières des flammes. Elles essaient de fuir à l'aide du monte-charge: il s'écroule sous le poids excessif des corps. Un groupe d'étudiants qui assiste à la scène depuis le gratte-ciel voisin installe une passerelle entre les toits et parvient à sauver un très grand nombre de jeunes filles. Mais la passerelle cède rapidement. Beaucoup sont asphyxiées par la fumée. Il ne reste plus qu'une issue: sauter. La foule, en bas, hurle « ne sautez pas! ». Mais le choix est simple: sauter ou périr brûlée vive. Cent mètres séparent les fenêtres du trottoir. Bien que les pompiers aient tendu des filets pour recevoir les prisonnières, la hauteur est telle que le tissu se déchire. C'est une cascade de corps. De jeunes filles qui se jettent dans le vide en se tenant par la main. De jeunes filles en flammes. Des centaines de corps sur le pavé. De nos trois protagonistes, seule la mère a la vie sauve. Elle devient une sorte de Mater dolorosa, de Madone blessée et offensée, mais qui ne perdra jamais sa dignité. Cette mère, désormais « orpheline » de ses propres filles, ne demande au public qu'une seule chose: ne pas oublier. Dans les années précédant la tragédie, les ouvrières avaient tenté d'obtenir de meilleures conditions de travail et de sécurité. En vain. Plusieurs procès auront lieu, dont les patrons de l'usine sortiront pour ainsi dire impunis. Mais de ce terrible épisode a jailli l'étincelle de la lutte, et l'incendie de Triangle Shirtwaist est devenu l'une des références historiques de la Journée de la femme. Beaucoup d'autres événements ont concouru à donner naissance au 8 mars, mais une chose est sûre, aucun ne marque un tel tournant dans la lutte des femmes que cette tragédie.

    Création au Festival de Borgio Verezzi, 2012

    Combien d'entre nous se rappellent aujourd'hui cette histoire?

    Dans le Corriere della Sera, Gian Antonio Stella écrit: « Deux gamines, deux sœurs, ont sauté main dans la main; elles ont été séparées dans la chute mais ont touché le sol au même instant, mortes toues les deux. Peut-être était-ce Rosaria et Lucia Maltese, ou bien Bettina et Francesca Miale, ou encore Serafina et Sara Saracino... Des centaines de jeunes femmes et de très jeunes filles italiennes travaillaient là, exploitées par ces bourreaux. Des centaines. Et 39 au moins d'entre elles, identifiées 'par une bague, un morceau de chaussure', plus dix officiellement disparues, virent ainsi s'achever leur rêve américain. Lors du procès, leurs assassins furent acquittés. Le 8 mars, après tant de silence, souvenons-nous d'elles. »

    Organisateur

    Fondazione Edoardo Garrone

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